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LA PETITE VILLE

Eric Chauvier

Editions AMSTERDAM

En quelques années, nos villes se sont dépeuplées, beaucoup se sont pauperisées. De leur mutation physique ne subsiste que des territoires endormis et vieillissants, à rebours du Monde. 
Éric chauvier revient dans les rayons des librairies avec ce court livre aux Editions Amsterdam et prouve une fois de plus qu'il est possible de mêler rigueur scientifique et qualité d'écriture. Comme pour le récent Les Metropoles du Desir (Éditions Allia), il fait se joindre le regard de l'anthropologue avec celui du romancier. Au passage, il pousse sa recherche d'une langue commune et précise, qui ne s'embarrasse pas de circonvolutions et sait être juste, empathique et intime.

«Se taire», pour reprendre un titre d'un précédent roman d'Isabelle Flaten, entraver la parole, qu'elle ne libère pas l'intime.

Au royaume des « taiseux », Isabelle Flaten est la reine. Elle capte mieux que personne ces mécanismes qui font que les corps sont là, se frôlent, cohabitent avec la crainte de laisser éclater ce qu'ils contiennent. Mais le langage a ceci de fascinant qu'il a sa propre existence, indépendante du corps qui le construit et c'est cette vie que l'auteure tente semble-t-il de capter à travers son travail.

 

« Bavards comme un Fjord » est un retour vers le froid, l'occasion pour Isabelle Flaten de retrouver la terre glacée de Norvège qu'elle connaît bien. Elle en profite pour emmener son écriture vers un geste géographique en esquissant des routes de nuit, des plaines enneigées, des lacs, et des paysages saisis avec une économie qui rend compte de son besoin d'abstraction pour parvenir à capter l'essentiel du monde et des hommes.

Une femme disparaît dans ces nuits froides, dans ce territoire avare d'humanité. Une famille y habite. Au centre de tout cela : le silence et les non-dits.

 

Et c'est pour nous le bonheur de retrouver ces mots qui ne sortent pas, trahis cependant par ces mains qui se touchent, ces regards qui se cherchent et s'évitent. Il y a des corps perdus qui tentent de se retrouver, des yeux taris qui voudraient pleurer, des lèvres plissées qui voudraient sourire.

Et la force, ce qui nous plaît tant chez cette auteure, c'est de lire ces visages, de considérer ces corps et ces gestes jusqu'à leur faire cracher les mots, les vérités et les mensonges. Les contraindre à ne plus être seuls et disloqués. Il se réapproprient leur contenu, leur altérité, ils laissent entrer la lumière qui leur manquait et s'illuminent de nouveau.

 

« Bavard comme un Fjord » est un texte encore une fois chargé d'une humanité qui n'a pas foi en elle, alors c'est au texte lui-même d'avoir cette foi. Et nous voilà plongés dans les cœurs de ces personnages en doute, malmenés par un drame qui leur échappe, taraudés par la vie.

 

Il faut prendre ce livre avec soi, s'engager dans sa douceur et sa brutalité. Se laisser balloter entre sa sensualité et sa pudeur. Aller et venir au gré des courants qu'il charrie. Et voir avec les yeux de l'auteure, la vérité de l'existence malgré elle.

 

S.D

BAVARDS COMME UN FJORD

Isabelle Flaten

Editions LE RÉALGAR

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